On traverse souvent les paysages provençaux sans voir l’eau qui les façonne. Pourtant, canaux, aqueducs et ouvrages de partage dessinent des itinéraires à part, entre plaines cultivées, villages et piémonts. Une balade à moto sur ce thème ne consiste pas à longer les berges à tout prix : elle se construit plutôt en reliant les lieux où l’eau affleure, franchit une route ou transforme le paysage.
La Durance, fil conducteur des paysages irrigués
Des vallées aux plaines
La Durance donne une première lecture de cette Provence aménagée. En suivant les routes publiques qui parcourent sa vallée, on passe des reliefs resserrés à des espaces plus ouverts où les cultures et les canaux prennent davantage de place. L’intérêt n’est pas de chercher un ruban d’asphalte continu au bord de l’eau, mais de repérer les changements de paysage : les ouvrages de franchissement, les canaux secondaires et les terres qui témoignent d’une irrigation organisée.
Une boucle peut se dessiner entre les abords de la Durance et les routes de piémont, en gardant le cours d’eau comme repère plutôt que comme itinéraire obligatoire. Les vues varient au fil du parcours : vers les vergers et les parcelles, puis vers les villages et les collines. Cette approche laisse aussi le choix de raccourcir ou d’allonger la sortie selon le secteur retenu, sans transformer la balade en recherche exhaustive de chaque ouvrage hydraulique.
Le canal de Craponne et les terres de la Crau
Dans le pays de Salon et en direction de la Crau, le canal de Craponne rappelle combien l’eau a été conduite pour soutenir les activités agricoles. Le décor change à mesure que l’on quitte les abords plus bâtis : les alignements d’arbres, les fossés et les parcelles dessinent un paysage où l’irrigation est présente sans toujours s’imposer au regard. À moto, le fil intéressant est celui des routes de liaison entre les bourgs et la plaine, avec des pauses pour observer le réseau depuis des lieux accessibles.
On peut composer une sortie autour de Salon-de-Provence, Eyguières et des accès routiers vers Saint-Martin-de-Crau, en considérant ces étapes comme des repères et non comme une promesse de longer le canal. Les chemins qui semblent mener au plus près de l’eau ne sont pas nécessairement ouverts à la circulation. Mieux vaut rester sur la voirie publique, lire la signalisation et accepter quelques détours : ils font partie de la découverte d’un territoire où l’eau se répartit à travers un réseau complexe.
Le Comtat Venaissin, entre canal et vergers
Autour de Carpentras, le canal qui porte le nom de la ville accompagne un paysage de vergers, de champs et de villages. Ici, l’eau s’inscrit dans un territoire agricole vivant, et non dans un décor isolé. La balade peut relier des routes secondaires entre Carpentras et les communes voisines, en alternant traversées de bourgs et vues dégagées sur les cultures. Le canal sert de thème de lecture, tandis que les routes publiques offrent les passages réellement adaptés à la moto.

Cette partie du Comtat se prête à une sortie où l’on prend le temps de remarquer les ponts, les prises d’eau visibles depuis l’espace public et les contrastes entre les secteurs cultivés et les zones plus urbanisées. Les abords peuvent être étroits ou fréquentés par les activités locales : il convient donc de garder une allure mesurée et de ne pas s’arrêter dans un accès agricole. Une carte permet de choisir des liaisons cohérentes sans supposer que chaque tracé au bord de l’eau est une route ouverte.
Autour d’Aix, l’eau conduite vers les collines
Le réseau du canal de Provence offre un autre angle, plus contemporain, sur la gestion de l’eau. Aux abords d’Aix-en-Provence, il faut regarder le territoire dans son ensemble : routes de campagne, zones habitées, reliefs et ouvrages qui s’intègrent parfois discrètement au paysage. Plutôt que de chercher un point de vue unique, une boucle peut associer les routes périphériques et les villages des environs, avec des haltes choisies là où l’on peut observer le territoire sans gêner les riverains.
Ce secteur rappelle aussi que l’eau conduite ne se confond pas toujours avec un canal visible depuis la chaussée. Certains équipements sont éloignés des axes, dissimulés ou réservés à des usages spécifiques. La balade garde alors son intérêt en reliant les paysages desservis : jardins, espaces agricoles et coteaux. Pour varier l’itinéraire, on peut privilégier une approche par les routes de piémont, puis revenir vers Aix par une autre liaison publique, en évitant de transformer les pistes techniques en raccourcis.
Choisir ses routes sans confondre canal et chemin de berge
Les berges attirent naturellement le regard, mais elles ne constituent pas forcément un itinéraire moto. Certaines voies sont des accès de service, des chemins agricoles ou des passages dont l’usage est limité. Avant le départ, mieux vaut vérifier le parcours sur une carte et tenir compte des panneaux rencontrés sur place. Une route qui longe ponctuellement un canal peut s’interrompre ou devenir inadaptée ; prévoir une alternative par les bourgs voisins rend la sortie plus souple et évite les demi-tours improvisés.
Le rythme de la balade gagne à laisser une place aux arrêts courts, dans des espaces où le stationnement ne gêne ni les habitants ni les exploitations. On peut alors observer un ouvrage, lire le relief ou simplement comparer les paysages irrigués et les secteurs plus secs. Le choix du secteur dépend aussi de l’envie du jour : privilégier les ouvrages et l’histoire des réseaux, ou plutôt les paysages agricoles qu’ils rendent possibles. Cette distinction aide à tracer une boucle cohérente plutôt qu’à accumuler des points sur une carte.
Suivre les canaux provençaux à moto, c’est donc choisir une manière particulière de lire le territoire, entre génie hydraulique et paysages façonnés par l’agriculture. Reste à trancher le cœur de la sortie : s’attarder sur les ouvrages visibles, ou privilégier les routes qui révèlent les transformations du paysage. Dans les deux cas, la balade tient davantage à la qualité des liaisons et au respect des accès qu’à la proximité immédiate de l’eau.